On ne souffre pas de ne pas travailler, on souffre de ne pas être utile à la société, ce qui n’est pas la même chose. Par le travail, l’homme développe une capacité à produire plus, puisque plus il produit, plus il y aura de richesses. Et, plus il y aura de richesses, plus l’homme en voudra de plus en plus, le plus rapidement possible. Plus un homme est productif, plus il devient important. A contrario, moins il produit, moins on le considère. C’est ce qui se passe avec le chômage. Le chômeur n’est pas considéré comme utile à la société puisqu’il ne produit rien, et en plus, on le paie ! C’est dire comme quoi il ne sert à rien. Voilà où réside le mal dans le travail : c’est un faux problème. On ne tire pas une jouissance par le travail, mais par l’utilité auquel il nous raccorde à travers la société.
On peut être au chômage et se considérer comme utile en tant qu’home, à travers la philosophie et en recentrant son moi, et ne pas subir cette pression permanente, ce lien qui unit irrémédiablement qu’on le veuille ou pas. En déplaçant cette limite, en la remettant à sa bonne place, je peux me sentir bien au chômage, car je sais que je ne suis pas une machine à fric. Si je me sens mal, c’est que je ne suis pas débarrassé de ce lien. C’est que je suis toujours aliéné à l’outil de production, à faire de plus en plus, toujours et encore. C’est une fausse utilité.
Le travail est un faux problème. Le vrai problème, c’est l’argent, le bénéfice, les richesses. Le pauvre sera toujours aliéné, puisqu’il n’a pas ou peu d’argent ; et le riche y sera toujours aussi, puisqu’il en voudra toujours plus. La richesse, si elle n’est pas utile, le travail en sera encore moins utile. Le travail en lui-même ne sert à rien. Il ne rend pas l’homme plus heureux.
