J’étais au centre du manège, et les chevaux de bois autour de moi tournaient, tournaient. La musique entraînante était à la vie en rose d’Edith Piaf, sur des padam padam de la foule sentimentale. Les badauds tournoyaient encore et encore, debout sur un disque vinyle de Count Basie. Un homme, une femme. Un clodo, un vélo. Un môme, un tour, un môme. Le marchand de gaufres, un tour, le marchand de gaufres. Mon café dans sa tasse, virevoltait. Ma tasse dans sa soucoupe ; volante. Le barman dansait une valse à quatre temps, les phares des voitures indécentes lançaient leurs lumières orange et blanches ; clignotants de toutes parts. Tournez, tournez ! Des girafes au long cou, des hélicoptères, des avions. Attrapons le pompon. Mon bar autour du rond-point ne pouvait plus s’arrêter. Toujours le même sens, sans arrêt, de plus en plus vite. Soudain, la musique s’arrête. Le soleil disparait, le vent froid de l’hiver et ses giboulées font leur apparition. Une femme en haillons, allongée dans la neige, sur le trottoir. Il fait presque nuit, mes passants passent, personne ne remarque cette vieille, les jambes séchées par la faim, le visage creusé comme un squelette. A côté ; un enfant cueille une primevère.
Maggy t’arrange…
Sur ma guitare à cheveux d’ange, quand je la gratte, les anges rigolent. Si je tend trop une corde, ils m’insultent, parce que je leur tire les cheveux, et me disent que je suis sur la corde raide. A force de leur tirer et de leur casser les cheveux, ils se sont envolés, et mon inspiration avec. Mais si je ne joue pas, un ange passe. Quel dilemme ! Alors ils viennent me hanter la nuit. Mes vieux démons reviennent, ils me supplient de leur caresser les tifs. Je devrais jouer du saxo-sirène…